\ fragmentum

Diese Arbeit muß die Kunst, ohne Anführungszeichen zu zitieren, zur höchsten Höhe entwicklen.
Benjamin – Das Passagen-Werk, Gesammelte Schriften V – 1 p. 572

Je ne puis dire quel malheur envahit l’homme qui une fois a pris la parole
Blanchot – L’arrĂŞt de mort p. 57

Le malheur de parler n’est pas de parler, mais de parler pour les autres, ou de reprĂ©senter quelque chose. La conscience sensible s’obstine
Deleuze: Différence et répétition p. 74

Le parole poétique n’est plus parole d’une personne : en elle, personne ne parle et ce qui parle n’est personne, mais il semble que la parole seule se parle!
Blanchot – L’espace litteraire p. 42

Qu’importe qui parle, quelqu’un a dit qu’importe qui parle
Beckett – Textes pour rien p. 129 in Nouvelles et Textes pour rien

Se prĂ©senter en signifiant, c’est parler.
Levinas – TotalitĂ© et infini p. 61

Écrire, c’est donc « se montrer » , se faire voir, faire apparaĂ®tre son propre visage auprès de l’autre.
Foucault – “L’Écriture de soi” in Dits et Écrits IV p. 425

La relation de MĂŞme et de l’Autre – ou mĂ©taphysique – se joue originellement comme discours, oĂą le MĂŞme, ramassĂ© dans son ipsĂ©itĂ© de « je » – d’Ă©tant particulier unique et autochtone – sort de soi.
Levinas – TotalitĂ© et infini p. 29

Produire du désir, telle est la seule vocation du signe, dans tout les sens où ca se machine.
Deleuze & Guattari – Anti-Oedipe p. 47

Le je est ce qui se produit comme reste dans ce double mouvement – actif et passif – de l’auto-affectation. C’est pourquoi la subjectivité a constitutivement la forme d’une subjectivation et d’une désubjectivation; et c’est pourquoi elle est, intimement, honte. La rougeur est ce reste qui dans toute subjectivation trahit une désubjectivation, et dans toute désubjectivation témoigne d’un sujet.
Agamben – Ce qui reste d’Auschwitz p. 121

Persona è il termine tecnico che separa la capacitĂ  giuridica dalla naturalitĂ  dell’essere umano e dunque che distingue ciascuno dal suo stesso modo di essere – è la non coincidenza, o anche la divergenza, nell’uomo, dell’essere rispetto al suo modo.
Esposito – Termini della politica p. 187

Ou si l’on prĂ©fère, il s’agit d’exposition : une condition commune s’expose, dĂ©nudĂ©e, et nous expose Ă  elle. Nous comparaissons devant elle. Cela n’est pas plus “post-” que “prĂ©-”. Mais c’est le prĂ©sent qui nous est fait.
Nancy & Bailly – Comparution p. 54

Der Wandel der Dinge, der um 1800 einsetzt, schrieb der Kunst das Tempo vor und je atemraubender dieses Tempo wurde, desto mehr griff die Herrschaft der Mode auf alle Gebiete über. Schießlich kommt es zum heutigen Stande der Dinge: die Möglichkeit, daß die Kunst keine Zeit mehr findet, in den technischen Prozeß sich irgendwie einzustellen, wird absehbar. Die Reklame ist die List, mit der der Traum sich der Industrie aufdrängt.
Benjamin – Das Pasagen-Werk I p. 232

Se demander pourquoi on écrit, c’est déjà un progrès sur la bienheureuse inconscience des inspirés ; mais c’est un progrès désespéré, il n’y a pas de réponse. Mis à part la demande et le succès, qui sont des alibis empiriques bien plus que des mobiles véritables, l’acte littéraire est sans cause et sans fin parce que très précisément il est privé de toute sanction : il se propose au monde sans que nulle praxis vienne le fonder ou le justifier : il ne modifie rien, rien ne le rassure.
Barthes – Essais Critiques, « La rĂ©ponse de Kafka », p.145

L’éternel retour dit le temps comme éternelle répétition, et la parole de fragment répète cette répétition en la destituant de toute éternité. L’éternel retour dit l’être du devenir, et la répétition le répète comme l’incessante cessation de l’être. L’éternel retour dit l’éternel retour du Même, et la répétition dit le détour où l’autre s’identifie au même pour devenir la non-identité du même et pour que le même devienne, en son retour qui le détourne, toujours autre que lui-même. L’éternel retour dit, parole étrangement, merveilleusement scandaleuse, l’éternelle répétition de l’unique, et elle la répète comme la répétition, elle la rend en quelque sorte parodique, mais aussi la soustrait à tout ce qui a pouvoir de répéter : à la fois parce qu’elle la dit comme affirmation inidentifiable, irreprésentable, impossible à reconnaître et parce qu’elle la ruine en la restituant, sous l’espèce d’un murmure indéfini, au silence qu’elle ruine à son tour en le faisant entendre comme la parole qui, du plus profond passé, du plus loin de l’avenir, a toujours déjà parlé comme parole toujours encore à venir.
Blanchot – L’Entretien infini p. 238

La substitution n’est pas simplement le remplacement d’un unique remplaçable : la substitution remplace l’irremplaçable. Qu’il y ait tout de suite, dès le premier matin du dire ou le premier surgissement de l’Ă©vĂ©nement, itĂ©rabilitĂ© et retour dans l’unicitĂ© absolue, dans la singularitĂ© absolue, cela fait que la venue de l’arrivant – ou la venue de l’Ă©vĂ©nement inaugural – ne peut ĂŞtre accuillie que comme retour, revenance, revenance spectracle.
Derrida – “Une certaine possibilitĂ© impossible de dire l’Ă©vĂ©nement” p. 98

L’hégémonie organise toujours la répression et donc la confirmation d’une hantise. La hantise appartient à la structure de toute hégémonie.
Derrida – Spectres de Marx p. 69

L’anus est toujours terreur, et je n’admets pas qu’on perde un excrĂ©ment sans se dĂ©chirer d’y perdre aussi son âme…
Artaud – Lettre Ă  Henri Parisot

…mais moi aussi je sais lire sur les portes, je sais mĂŞme lire sur les lignes de l’anus!
Les Robins des bois – M Marcadet

Pas de bouche Pas de Langue Pas de dents Pas de larynx Pas d’oesophage Pas d’estomac Pas de ventre Pas d’anus Je reconstruirai l’homme que je suis
Artaud – 84

L’asphyxie ! Moi qui ai toujours été le type respiratoire. La preuve, cette cage thoracique qui m’est restée, avec l’abdomen. Moi qui murmurais, quand j’y pensais, à chaque inhalation, Voilà l’oxygène qui rentre, et en expirant, Voilà les saletés qui s’en vont et le sang qui devient vermeil. Le teint bleu. L’obscène protrusion de la langue. La tuméfaction de la pine. Tiens, la pine, je n’y pensais plus. Quel dommage que je n’aie plus de bras, il aurait peut-être quelque chose à en tirer. Non, c’est mieux ainsi. A mon âge, me remettre à me masturber, ce serait indécent. Et puis ça ne donnerait rien. Après tout, qu’est-ce que j’en sais ? A force de tractions bien rythmées, en pensant de toutes mes forces à un cul de cheval, au moment où la queue se soulève, qui sait, j’arriverais peut-être à un petit quelque chose. Ciel, on dirait que ça remue.
Beckett – L’Innommable pp. 76-77

Notre époque, en effet, se trouve devant le langage comme le paysan devant la porte de la loi dans la parabole.
Agamben – Homo Sacer – le pouvoir souverain et la vie nue p.64

Die Currywurst isst man mit Pommes,
egal ob man Atheist oder fromm ist.
Man tunkt die Pommes gern in Majo,
egal ob man Kalle heiĂźt oder HaJo.
Dieses Essen hat ne Mille Kalorien,
Bald schmeiß ich meine Diät und tu mir weitere Hosen anziehn.
Eiksen

Let us roll all our strength and all
Our sweetness up into one ball,
And tear our pleasures with rough strife
Thorough the iron gates of life:
Thus, though we cannot make our sun
Stand still, yet we will make him run.
Andrew Marvell – To His Coy Mistress

I was just thinking: There must be something wrong with me, because I have never had a relationship with a woman that’s lasted longer than the one between Hitler and Eva Braun.
Woody Allen – Manhattan

In secret we met–
In silence I grieve,
That thy heart could forget,
Thy spirit deceive
If I should meet thee
After long years,
How should I greet thee?–
With silence and tears.
Byron – When we two parted

Welcome, O life! I go to encounter for the millionth time the reality of experience and to forge in the smithy of my soul the uncreated conscience of my race.
James Joyce – A Portrait of the Artist as a Young Man p. 288

For me, it’s just the way I live my life: I grip it and I rip it!
Hansel – Zoolander

There is a certain providence in the fall of a sparrow. If it be now, ’tis not to come; if it be not to come, it will be now; if it be not now, yet it will come. The readiness is all. Since no man, of aught he leaves, knows aught, what is’t to leave betimes? Let be.
Shakespeare – Hamlet (V, II)

Jeg er for længe siden solgt til Undergang, raabte han saglende og gispende, jeg er saa arg en Sjæl, at ikke engang Satan vil eje mig – men det er godt; der kan blive en Fest endda. Jeg opgiver bare det hele, naar jeg ikke vil længere, det er en nem sag, og gaar min Vej. Hurra!
J.V. Jensen – Kongens fald p. 43

- Qu’est donc devenu monsieur de RubemprĂ© ? Dit la baronne de Nucinge
- Il est fidèle à sa devise : Quid me continebit ? répondit Rastignac
Balzac – Splendeurs et misères des courtisanes p. 118

The best way to predict the future is to invent it.
Alan Kay, Xerox Research Center

Le capitalisme tend vers un seuil de décodage qui défait le socius au profit d’un corps sans organes, et qui, sur ce corps, libère les flux du désir dans un champ déterritorialisé […] Le décodage des flux, la déterritorialisation du socius forment ainsi la tendance la plus essentielle du capitalisme. Il ne cesse de s’approcher de sa limite, qui est une limite proprement schizophrénique. Il tend de toutes ses forces à produire le schizo comme le sujet des flux décodés sur le corps sans organes – plus capitaliste que le capitaliste et plus prolétaire que le prolétaire.
Deleuze & Guattari – L’anti-Ĺ’dipe p. 41

The princess is the better Englishwoman. I’ faith,
Kate, my wooing is fit for thy understanding: I am
glad thou canst speak no better English; for, if
thou couldst, thou wouldst find me such a plain king
that thou wouldst think I had sold my farm to buy my
crown. I know no ways to mince it in love, but
directly to say ‘I love you:’ then if you urge me
farther than to say ‘do you in faith?’ I wear out
my suit. Give me your answer; i’ faith, do: and so
clap hands and a bargain: how say you, lady?
Shakespeare – Henry V (V, II)

Was ever woman in this humour woo’d?
Was ever woman in this humour won?
I’ll have her; but I will not keep her long.
Shakespeare – Richard III (I, II)

Du bist nur, wenn Du liebst; Sein ist erst Sein, wenn es Sein der Liebe ist, aber zugleich geht in der Liebe Dein persönliches Dasein, Dein abgesondertes Fürdichsein zu Grunde. Du bist nur noch in dem geliebten Gegenstande, Alles außer ihm, Du selbst ohne ihn bist Dir Nichts. Die Liebe ist die Quelle aller Freuden, aber auch aller Schmerzen.
Feuerbach – Gesammelte Werke Bd. 1 p. 216, fodnote 4

“De udmatter mig, disse Mennesker, der spytter deres Følelser ud som Blod,” sagde han engang til mig, “og Russere indtager jeg nu kun i ganske smaa Doser – ligesom Likør.”
R.M. Rilke citeret af S. Zweig – Verden af i Gaar p. 126

“HĂĄbet,” sagde Rosalie, “hvem kan bestemme hĂĄbet, sĂĄdan som du forlanger det? HĂĄbet er hĂĄbet, hvordan kan du vente, det skal spørge sig selv ud om praktiske mĂĄl, som du udtrykker dig? Det, som naturen har udrettet med mig, er sĂĄ skønt i sig selv – jeg kan kun vente, der skal komme noget skønt ud af det, men jeg kan ikke fortælle dig, hvordan jeg har tænkt mig, det skal komme, hvordan det skal virkeliggøres, og hvad det skal føre til. SĂĄdan er hĂĄbet. Det tænker overhovedet ikke – og mindst af alt pĂĄ brudeskamlen.”
Thomas Mann: Den bedragne p. 108

You can’t steal nothin’ from a white man, he’s already stole it, he owes you anything you want, even his life. All the stores will open up if you will say the magic words. The magic words are: Up against the wall motherfucker this is a stick up!
Amir Baraka

Nous devons renoncer Ă  connaĂ®tre ceux Ă  qui nous lie quelque chose d’essentiel ; je veux dire, nous devons les accueillir dans le rapport avec l’inconnu oĂą ils nous accueillent, nous aussi, dans notre Ă©loignement. L’amitiĂ©, ce rapport sans dĂ©pendance, sans Ă©pisode et oĂą entre cependant toute la simplicitĂ© de la vie, passe par la reconnaissance de l’Ă©trangetĂ© commune qui ne nous permet pas de parler de nos amis, mais seulement de leur parler, non d’en faire un thème de conversations (…) mais le mouvement de l’entente oĂą, nous parlant, ils reservent, mĂŞme dans la plus grande familiaritĂ©, la distance infinie, cette separation fondamentale Ă  partir de laquelle ce qui sĂ©pare devient ce rapport
Maurice Blanchot – L’AmitiĂ© p. 328

Mein FlĂĽgel ist zum Schwung bereit
ich kehrte gern zurĂĽck
denn blieb ich auch lebendige Zeit
ich hätte wenig Glück
Gershom Scholem – GruĂź vom Angelus

Es gibt ein Bild von Klee, das Angelus Novus heißt. Ein Engel ist darauf dargestellt, der aussieht, als wäre er im Begriff, sich von etwas zu entfernen, worauf er starrt. Seine Augen sind aufgerissen, sein Mund steht offen und seine Flügel sind ausgespannt. Der Engel der Geschichte muß so aussehen. Er hat das Antlitz der Vergangenheit zugewendet. Wo eine Kette von Begebenheiten vor uns erscheint, da sieht er eine einzige Katastrophe, die unablässig Trümmer auf Trümmer häuft und sie ihm vor die Füße schleudert. Er möchte wohl verweilen, die Toten wecken und das Zerschlagene zusammenfügen. Aber ein Sturm weht vom Paradiese her, der sich in seinen Flügeln verfangen hat und so stark ist, daß der Engel sie nicht mehr schließen kann. Dieser Sturm treibt ihn unaufhaltsam in die Zukunft, der er den Rücken kehrt, während der Trümmerhaufen vor ihm zum Himmel wächst. Das, was wir den Fortschritt nennen, ist dieser Sturm
Walter Benjamin – Ăśber den Begriff der Geschichte These IX

L’art, c’est ce qui vous permet de vous retourner en arrière, et de voir Sodome et Gomorrhe sans mourir.
Godard – entretien in Art Press (fĂ©vrier 1985)

Levez-vous, unissez-vous contre vos ennemis, contre ceux qui vous accablent de misère et d’ignorance. Rejetez entièrement toutes les vaines et superstitieuses pratiques des religions. N’ajoutez aucune foi aux faux mystères, moquez-vous de tout ce que les prĂŞtres intĂ©ressĂ©s vous disent. car c’est lĂ  la cause funeste et vĂ©ritable de tous vos maux…Votre salut est entre vos mains, votre dĂ©livrance ne dĂ©pend que de vous, car c’est de vous seuls que les tyrans obtiennent leur force et leur puissance.
Jean Meslier – Testament

Il n’y a pas lieu de craindre ou d’espérer, mais de chercher de nouvelles armes
Deleuze – Pourparlers p. 242

Il est donc agrĂ©able que rĂ©sonne aujourd’hui la bonne nouvelle: le sens n’est jamais principe ou origine, il est produit. Il n’est pas Ă  dĂ©courvrir, Ă  restaurer ni Ă  re-employer, il est Ă  produire par de nouvelles machineries
Deleuze – Logique du sens pp, 89-90

Rastignac, restĂ© seul, fit quelques pas vers le haut du cimetière et vit Paris tortueusement couchĂ© le long des deux rives de la Seine oĂą commençaient Ă  briller les lumières. Ses yeux s’attachèrent presque avidement entre la colonne de la place VendĂ´me et le dĂ´me des Invalides, lĂ  oĂą vivait ce beau monde dans lequel il avait voulu pĂ©nĂ©trer. Il lança sur cette ruche bourdonnant un regard qui semblait par avance pomper le miel, et dit ces mots grandioses: ” A nous deux maintenant”
Balzac – Père Goriot p. 367

Nous ne souffrons que d’une chose : la bĂŞtise. Mais elle est formidable et universelle
Flaubert Ă  George Sand

Bien que la vue à peine diminuée, je marchais dans la rue comme un crabe, me tenant fermemant aux murs et, dès que je les avais lâchés, le vertige autour de mes pas. Sur ces murs, je voyais souvent la même affiche, une affiche modeste, mais avec des lettres assez grandes : Toi aussi, tu le veux. Certainement, je le voulais, et chaque fois que je rencontrais ces mots considérables, je le voulais.
Blanchot – La folie du jour pp. 24-25

Polonius: What do you read, my lord?
Hamlet: Words, words, words
Polonius: What is the matter my lord?
Hamlet: Between who?
Polonius: I mean the matter that you read, my lord.
Hamlet: Slanders, sir. For the satirical rogue says here that old men have gray beards, that their faces are wrinkled, their eyes purging thick amber and plum-tree gum, and that they have a plentiful lack of wit, together with most weak hams – all of which, sir, though I most powerfully and potently believe, yet I hold it not honesty to have it thus set down. For yourself, sir, shall grow old as I am – if like a crab you could go backward.
Shakespeare – Hamlet (II, II)

Dieser Zirkel des Verstehens ist nicht ein Kreis, in dem sich eine beliebige Erkenntninsart bewegt, sondern er ist der Ausdruck der existentialen Vor-Struktur des Daseins selbst
Heidegger – Sein und Zeit p. 153

Der Zirkel des Verstehens ist also ĂĽberhaupt nicht ein >methodischer< Zirkel, sondern beschreibt ein ontologisches Strukturmoment des Verstehens
Gadamer – Wahrheit und Methode pp. 298-299

L’Ă©lève Ă©coute le maĂ®tre avec docilitĂ©. Il reçoit de lui des leçons et il l’aime. Il fait des progrès. Mais, si un jour il voit que ce maĂ®tre est Dieu, il le bafoue et ne sais plus rien.
Blanchot – Après coup, prĂ©cĂ©dĂ© par Le ressassement Ă©ternel p.72

Je me souviens de n’ĂŞtre jamais nĂ©
Artaud

Faire des enfants, rien de mieux; en avoir, quelle iniquité!
Sartre – Les Mots p. 11

Nun, o Unsterblichkeit, bist du ganz mein
Kleist

Solitude qui rayonne, vide du ciel, mort différée : désastre
Blanchot – L’Écriture du dĂ©sastre p. 220

Rageurs, essouflĂ©s et, sur une plateforme exiguĂ«, retirĂ©s du monde, enfermĂ©s, en un sens, dans le libre vide des cieux, nous Ă©tions dressĂ©s l’un vers l’autre comme des chiens, qu’un soudain enchantement aurait figĂ©s.
Bataille – L’AbbĂ© C p. 52

Aber an K.s Gurgel legten sich die Hände des einen Herrn, während der andere das Messer ihm tief ins Herz stieß und zweimal dort drehte. Mit brechenden Augen sah noch K., wie die Herren, nahe vor seinem Gesicht, Wange an Wange aneinandergelehnt, die Entscheidung beobachteten. »Wie ein Hund!« sagte er, es war, als sollte die Scham ihn überleben.
Kafka – Der ProzeĂź

Il se demande si la solitude n’est pas liĂ©e Ă  sa prĂ©sence, non pas directement, mais parce qu’elle l’obligĂ©rait, sans qu’il puisse jamais y parvenir tout Ă  fait, Ă  vivre d’une manière impersonnelle. Quand il la touchait et l’attirait d’un mouvement auquel elle consentait aussitĂ´t, il savait pourtant que leurs deux images restaient Ă  une certaine distance l’une de l’autre, une faible distance qu’il ne perdait pas l’espoir de rĂ©duire encore un peu.
Blanchot – L’attente l’oubli p. 33

C’est pourquoi la solitude est si difficile Ă  supporter. Dans la solitude oĂą l’autre fait dĂ©faut, il n’y a plus de temps, « rien ne se passe », « rien n’arrive », je rencontre l’ennui car je ne rencontre que la coquillle vide d’un « moi » que le temps de l’autre ne porte plus.
B. Stiegler – La technique et le temps, 3 p. 59

Chacun est renvoyé à soi. Et chacun sait que ce soi est peu.
Lyotard – La Condition Postmoderne p. 30

La souffrance est souffrance, lorsqu’on ne peut plus la souffrir, et à cause de cela, en ce non-pouvoir, on ne peut cesser de la souffrir. Situation singulière. Le temps est comme à l’arrêt, confondu avec son intervalle. Le présent y est sans fin, séparé de tout autre présent par un infini inépuisable et vide, l’infini même de la souffrance, et ainsi destitué de tout avenir : présent sans fin et cependant impossible comme présent, indéfiniment creusé et, en ce creusement, indéfiniment gonflé, extérieur radicalement à la possibilité qu’on y soit présent par la maîtrise de la présence. Qu’est-il arrivé ? La souffrance a simplement perdu le temps et nous l’a fait perdre.
Blanchot – L’Entretien infini p. 63

Denn die Pression, mit der man uns das benötigte >Material< abzwingen wollte, sollte auf subtilere Weise funktionieren als durch rohe PrĂĽgel oder körperlicher Folterung: durch die denkbar raffinierteste Isolierung. Man tat uns nichts – man stellte uns nur in das vollkommene Nichts, denn bekanntlich erzeugt kein Ding auf Erden eine solchen Druck auf die menschliche Seele wie das Nichts.
S. Zweig – Schachnovelle in Das Stefan Zweig Buch p. 366

Jeg indsaa, at selv om det er sjældent, at et Menneske gaar fra Forstanden, hænder det dog, thi vor Fornuft er som Krudtet, der selv om det let futter af, aldrig gør det uden Berøring med en Gnist.
Giacomo Casanova – Erindringer fra Venedig p. 221

Je me regarde souvent dans la glace. Mon plus grand dĂ©sir a toujours Ă©tĂ© de me dĂ©couvrir quelque chose de pathĂ©tique dans le regard. Je crois que je n’ai jamais cessĂ© de prĂ©fĂ©rer aux femmes qui, soit par aveuglement amoureux, soit pour me retenir près d’elles, inventaient que j’Ă©tais un vraiment bel homme ou que j’avais des traits Ă©nergiques, celles qui me disaient presque tout bas, avec une sorte de retenue craintive, que je n’Ă©tais pas tout Ă  fait comme les autres. En effet, je me suis longtemps persuadĂ© que ce qu’il devait y avoir en moi de plus attirant, c’Ă©tait la singularitĂ©. C’est dans le sentiment de ma diffĂ©rence que j’ai trouvĂ© mes principaux sujets d’exaltation. Mais aujourd’hui oĂą j’ai perdu quelque peu de ma suffisance, comment me cacher que je ne me distingue en rien?
Louis-RenĂ© des ForĂŞts – Le Bavard p. 7

Ja, han havde været ensom. Men den ensomme er fordømt, det kommer endelig en Gang for Dagen. Gennem sammenhængsløse Tider fortykkes Tanken, alle simple Klarheder viger langt ud og forlader dig. Den vældige Evne, du sporede i dig med en Stolthed, som var du den eneste i Verden, den undergraves af Tvivl; hvad er din Indbildnings Kraft, siden den ikke kan holde Verden oppe? Du er som de andre, ikke stærkere – men den eneste i Verden skal du være, ja ensom.
J.V. Jensen – Kongens fald p. 110

Her boer jeg nu i min Faders Hus; men jeg boer her allene. Alle mine Ungdomsvenner ere forlængst gangne til Hvile; jeg er endnu tilbage, som et skaldet Træe paa Heden; men om føie Tid skal jeg samles til dem, og være den sidste af min Slægt. Disse Blade skulle være det eneste Mærke om mig. Om Nogen – engang, naar jeg er død og borte – læser dem, da skal han sukke og sige: “Anlangendes et Menneske, hans Dage ere som Græs; som et Blomster paa Marken, saa skal han blomstre. Naar Veiret farer over det, da er det ikke mere, og dets Sted kjender det ikke mere. Men Herrens Miskundhed er fra Evighed og indtil Evighed.”
Blicher – Brudstykker af en Landsbydegns Dagbog p. 31

His lips would not bend to kiss her. He wanted to be held firmly in her arms, to be caressed slowly, slowly, slowly. In her arms he felt that he had sudenly become strong and fearless and sure of himself. But his lips would not bend to kiss her.
James Joyce – A Portrait of the Artist as a Young Man p. 114

Le concept (tout le langage donc) est l’instrument dans cette entreprise pour instaurer la règne sĂ»r. Inlassablement, nous Ă©difions le monde, afin que la secrète dissolution, l’universelle corruption qui rĂ©git ce qui “est”, soit oubliĂ©e au profit de cette cohĂ©rence de notions et d’objets, de rapports et de formes, claire, dĂ©finie, ouvrage de l’homme tranquille, oĂą le nĂ©ant ne saurait s’infiltrer et oĂą de beaux noms – tous les noms sont beaux – suffisent Ă  nous rendre heureux.
Blanchot – L’entretien infini p. 46

Toute-puissance et toute-prĂ©sence, c’est toujours ce que l’on requiert de la communautĂ© ou ce que l’on va chercher en elle : souverainetĂ© et intimitĂ©, prĂ©sence Ă  soi sans faille et sans dehors.
Jean-Luc Nancy – La CommunautĂ© affrontĂ©e p. 15

On ne peut opposer abstraitement le spectacle et l’activité sociale effective ; ce dédoublement est lui-même dédoublé.
Guy Debord – La sociĂ©tĂ© du spectacle p. 6

Il n’y a plus d’origine simple. Car ce qui est reflĂ©tĂ© se dĂ©double en soi mĂŞme et non seulement comme addition Ă  soi de son image. Le reflet, l’image, le double dĂ©double ce qu’il redouble.
Derrida – De la grammatologie p. 55

Or, j’ai toujours écrit que le devenir du système technique nécessitait, pour devenir l’avenir de la société où il se produit, le double redoublement épokhal, ce qui signifie que, dans ce processus complexe qu’est l’individuation psycho-sociale, une mutation technique suspendant un état de fait dominant, ce qui est la première épokhé, la première suspension de l’ordre établi, il faut que la société opère une seconde suspension pour que se constitue une époque à proprement parler, ce qui signifie : pour que s’élabore une pensée nouvelle se traduisant dans de nouveau modes de vie, et, autrement dit, que s’affirme une volonté nouvelle d’avenir, établissant un nouvel ordre – une civilisation, une civilité réinventée.
B. Stiegler – MĂ©crĂ©ance et discrĂ©dit, 1 p. 29

Je me baignais longtemps, sous le soleil comme sous la lumière des Ă©toiles, et je ressentais rien d’autre qu’une lĂ©gère sensation obscure et nutritive. Le bonheur n’Ă©tait pas un horizon possible. Le monde avait trahi. Mon corps m’appartenait pour un bref laps de temps; je n’attendais jamais l’objectif assignĂ©. Le futur Ă©tait vide; il Ă©tait la montagne. Mes rĂŞves Ă©taient peuplĂ©s de prĂ©sences Ă©motives. J’Ă©tais, je n’Ă©tais plus. La vie Ă©tait rĂ©elle.
Houellebecq – La possibilitĂ© d’une Ă®le p. 485

Respirant, digĂ©rant, dĂ©fĂ©quant avec nonchalance, je vivais parce que j’avais commencĂ© de vivre.
Sartre – Les Mots p. 71

Le plaisir de vivre, en effet renvoyait au monde qui m’avait rejetĂ©: c’Ă©tait le monde de ceux qu’un changement incessant unit et dĂ©sunit, sĂ©pare et rassemble, dans le jeu que le dĂ©sespoir lui-mĂŞme aussitĂ´t ramène Ă  l’espoir. Mon cĹ“ur se serra et je sentis froidement Ă©tranger dans ce paysage sans bornes, qui ne proposait rien qu’Ă  la naĂŻvetĂ© de ceux devant lesquels il s’Ă©tandait.
Bataille – L’AbbĂ© C p. 95

Je ne suis ni savant ni ignorant. J’ai connu des joies. C’est trop peu dire : je vis, et cette vie me fait le plaisir le plus grand. Alors, la mort ? Quand je mourrai (peut-ĂŞtre tout Ă  l’heure), je connaĂ®trai un plaisir immense. Je ne parle pas de l’avant-goĂ»t de la mort qui est fade et souvent dĂ©sagrĂ©able. Souffrir est abrutissant. Mais telle est la vĂ©ritĂ© remarquable dont je suis sĂ»r : j’Ă©prouve Ă  vivre un plaisir sans limites et j’aurai Ă  mourir une satisfaction sans limites.
Blanchot – La folie du jour p. 9

L’absence d’envie de vivre, hĂ©las, ne suffit pas pour avoir envie de mourir
Houellebecq – Plateforme p. 339

Il est certes ininterrompu. Mais les points de l’espace nocturne ne se rĂ©fèrent pas les uns aux autres, comme dans l’espace Ă©clairĂ©; il n’y a pas de perspective, ils ne sont pas situĂ©s. C’est un grouillement de points
Levinas – De l’existence Ă  l’existant p. 96

[Le chaos] est un vide qui n’est pas un néant, mais un virtuel, contenant toutes les particules possibles et tirant toutes les formes possibles qui surgissent pour disparaitre aussitôt, sans consistance ni référence, sans conséquence
Deleuze & Guattari – Qu’est-ce que la philosophie p. 111

Une matière sans contour, un contenu sans forme, une forme capricieuse et impersonnelle qui ne dit rien, ne rĂ©vèle rien et se contente d’annoncer, par son refus de rien dire, qu’elle vient de la nuit et qu’elle retourne Ă  la nuit, l’opacitĂ© est leur rĂ©ponse, le frolement des ailes qui se referment est leur parole.
Blanchot – La part du feu p. 319

L’habitude! amĂ©nageuse habile mais bien lente et qui commence par laisser souffrir notre esprit pendant des semaines dans une installation provisoire; mais que malgrĂ© tout il est bien heureux de trouver, car sans l’habitude et rĂ©duit Ă  ses seuls moyens il serait impuissant Ă  nous rendre un logis habitable
Proust – Du cĂ´tĂ© de chez Swann p. 16

Men det er jo længe siden, at jeg havde danset pĂĄ roser – ikke siden mit glade barndomshjem gik i stykker – og jeg vidste ydermere, at menneske og omstændigheder i løbet af nogen tid indgĂĄr en tĂĄlelig harmoni, ja, at omstændigheder, der først synes urimeligt hĂĄrde, dog besidder en vis elasticitet for de lykkeligere naturer, en elasticitet, der ikke alene beror pĂĄ tilvænning. De samme forhold er ikke de samme for enhver, og jeg tør hævde, at det almindeligt givne kan modificeres meget væsentligt gennem det personlige.
Thomas Mann – Felix Krull p. 129

Quand nous arrivâmes, il n’y avait encore en fait d’habitants que la concierge, dans la partie millitaire. Il pleuvait dru. Elle eut peur de nous la concierge en nous entendant, mais nous la fĂ®mes rire en lui mettant la main tout de suite au bon endroit. « Je croyais que c’Ă©tait des Allemands ! fit-elle. – Ils sont loin ! lui rĂ©pondit-on. – OĂą c’est que vous ĂŞtes malades? s’inquiĂ©tait-elle. – Partout; mais pas au zizi ! » fit un artilleur en rĂ©ponse. Alors ça, on pouvait dire que c’Ă©tait du vrai esprit et qu’elle apprĂ©ciait en plus, la concierge.
Louis-Ferdinand CĂ©line – Voyage au bout de la nuit p. 85

Geschrieben steht: ‘Im Anfang war das Wort!’
Hier stock’ ich schon! Wer hilft mir weiter fort?
Ich kann das Wort so hoch unmöglich schätzen,
Ich muĂź es anders ĂĽbersetzen,
Wenn ich vom Geiste recht erleuchtet bin.
Geschrieben steht: Im Anfang war der Sinn.
Bedenke wohl die erste Zeile,
DaĂź deine Feder sich nicht ĂĽbereile!
Ist es der Sinn, der alles wirkt und schafft?
Es sollte stehn: Im Anfang war die Kraft!
Doch, auch indem ich dieses niederschreibe
Schon warnt mich was, daĂź ich dabei nicht bleibe.
Mir hilft der Geist! Auf einmal seh’ ich Rat
Und schreibe getrost: Im Anfang war die Tat!
Goethe – Faust p. 41

Aujourd’hui, rien n’est pire que de ne pas penser l’action.
B. Stiegler – MĂ©crĂ©ance et discrĂ©dit, 1 p. 138

Le passage de la puissance à l’acte, de la langue à la parole, du commun au propre, a lieu chaque fois dans les deux sens selon une ligne de scintillement alternatif où nature commune et singularité, puissance et acte échangent leurs rôles et se pénètrent réciproquement. L’être qui s’engendre sur cette ligne est l’être quelconque, et la manière dont il passe du commun au propre et du propre au commun s’appelle usage – c’est-à-dire ethos.
Agamben – La CommunautĂ© qui vient pp. 26-27

Au service de la Compagnie Pordurière de Petit Togo besognaient donc en mĂŞme temps que moi, je l’ai dit, dans ses hangars et sur ses plantations, grand nombre de nègres et de petits Blancs dans mon genre. Les indigènes eux, ne fonctionnent guère en somme qu’Ă  coups de trique, ils gardent cette dignitĂ©, tandis que les Blancs, perfectionnĂ©s par l’instruction publique, ils marchent tout seuls.
Louis-Ferdinand CĂ©line – Voyage au bout de la nuit p. 139

Ce qui est vraiment immoral, c’est toute utilisation des notions morales, juste, injuste, mĂ©rite, faute
Deleuze – Logique du sens p. 175

…comme si le vide Ă©tait moins un manque qu’une saturation, un vide saturĂ© de vide.
Blanchot – Le dernier Ă  parler p. 11

J’existe – autour de moi, s’Ă©tend le vide, l’obscuritĂ© du monde rĂ©el – j’existe, je demeure aveugle, dans l’angoisse: chacun des autres est tout autre que moi, je ne sens rien de ce qu’il sent
Bataille – L’ExpĂ©rience intĂ©rieure p. 83

Neminem mihi dabis qui sciat, quomodo, quod vult, coepit velle: non consilio adductus illo, sed impetus impactus est
Seneca – Epistulae morales Liber IV, XXXVII

Il est vrai que ces sons Ă©taient si violents que, s’ils n’avaient pas Ă©tĂ© toujours repris un octave plus haut par une plainte parallèle, j’aurais pu croire qu’une personne en Ă©gorgeait une autre Ă  cĂ´tĂ© de moi et qu’ensuite le meurtrier et sa victime ressuscitĂ©e prenaient un bain pour effacer les traces du crime. J’en conclus plus tard qu’il y a une chose aussi bruyante que la souffrance, c’est le plaisir, surtout quand s’y ajoutent–Ă  dĂ©faut de la peur d’avoir des enfants, ce qui ne pouvait ĂŞtre le cas ici, malgrĂ© l’exemple peu probant de la LĂ©gende dorĂ©e—des soucis immĂ©diats de propretĂ©. Enfin au bout d’une demi-heure environ (pendant laquelle je m’Ă©tais hissĂ© Ă  pas de loup sur mon Ă©chelle afin de voir par le vasistas que je n’ouvris pas), une conversation s’engagea. Jupien refusait avec force l’argent que M. de Charlus voulait lui donner.
Proust – Sodome et Gomorrhe pp.10-11 (ed. folio)

Hun erfarede også af hans mund, at han havde foretaget rejsen hertil for hendes skyld – og hun takkede ham for det, idet hun advarede ham mod sin krop. Jeg ved det fra Adrian: hun advarede ham; og er dette ikke ensbetydende med en velgørende spaltning mellem denne skabnings højere menneskelighed og hendes fysiske bestanddel, der var hjemfaldet til rendestenen og sunket ned til at være en elendig brugsgenstand? Den ulykkelige kvinde advarede den begærende mod ”sig”; dette betød en akt af fri sjælelig løftelse op over hendes ynkværdige fysiske eksistens, en akt af menneskelig afstandtagen derfra, en akt af rørelse – man tillader mig ordet – en kærlighedshandling.
Thomas Mann – Doktor Faustus p. 174

L’érotisme, je l’ai dit, est à mes yeux le désequilibre dans lequel l’être se met lui-même en question, consciemment. En un sens, l’être se perd objectivement, mais alors le sujet s’identifie avec l’objet qui se perd. S’il le faut, je puis dire, dans l’érotisme : JE me perds
Bataille – L’Erotisme p. 37

Quand je pense l’infini, je pense ce que je ne puis pas penser (car si j’en avais une reprĂ©sentation adĂ©quate, si je le comprenais, me l’assimilant, le rendant Ă©gal Ă  moi, il ne s’agirait que du fini); j’ai donc une pensĂ©e qui dĂ©passe mon pouvoir, une pensĂ©e qui, dans la mesure mĂŞme oĂą elle est pensĂ©e de moi, est l’absolu dĂ©passement de ce moi qui la pense, c’est-Ă -dire une relation avec ce qui est absolument hors de moi-mĂŞme : l’autre.
Blanchot – L’entretien infini pp. 75-76

Quelle que soit l’importance de l’objet de l’attente, il est infiniment dĂ©passĂ© par le mouvement de l’attente. L’attente rend toutes les choses Ă©galement importantes Ă©galement vaines. Pour attendre la moindre chose, nous disposons d’une puissance infinie d’attendre qui semble ne pouvoir Ă©puisĂ©e.
Blanchot – L’attente l’oubli p. 39

Il ne peut y avoir mĂ©moire que finie. Cette finitude rĂ©tentionnelle est la condition de la conscience en tant qu’elle est toujours un flux temporel. Ce qui est vrai du souvenir secondaire l’est de toute espèce de mĂ©moire, et l’est donc aussi du souvenir primaire. C’est pourqoui la rĂ©tention primaire ne peut ĂŞtre qu’une sĂ©lection, ne peut ĂŞtre qu’une sĂ©lection, effetuĂ©e selon des critères eux-mĂŞmes issus de selections.
B. Stiegler – La technique et le temps, 3 p. 44

And at last, in its curved and imperceptible fall, the sun sank low, and from glowing white changed to a dull red without rays and without heat, as if about to go out suddenly, stricken to death by the touch of that gloom brooding over a crowd of men
Joseph Conrad – Heart of Darkness p. 16

For I have know them all already, known them all–
Have known the evenings, mornings, afternoons,
I have measured out my life with coffee spoons;
I know the voices dying with a dying fall
Beneath the music from a farther room.
So how should I presume?
TS Eliot – The love song of J Alfred Prufrock

Je ne viens pas d’un père et d’une mère faits d’un dedoublĂ© qui s’unifie sur le dos vertĂ©bral du soi-mĂŞme de son enfant. Je viens de moi, vraiment de moi
Artaud

Sådanne forsøg med børn er i virkeligheden ikke ret farlige
Kant – Om pædagogik p. 54

Ma blessure existait avant moi, je suis nĂ© pour l”incarner
Joë Bousquet

… j’en avais eu le pressentiment, une trahison invisible allait s’accomplir, un de ces actes dĂ©chirants dont personne ne sait rien, qui commencent dans l’obscuritĂ© et finissent dans le silence, et contre lesquels le malheur ignorĂ© n’a pas d’arme
Blanchot – L’arrĂŞt de mort p. 76

Through this image he had a glimpse of a strange dark cavern of speculation but at once turned away from it, feeling that it was not yet the hour to enter it.
James Joyce – A Portrait of the Artist as a Young Man p. 202

This is the way the world ends, not with a bang but a whimper
TS Eliot – The hollow men

Je crois que ma blague est tombĂ©e Ă  l’eau comme un enfant qu’on jette Ă  la mer parce qu’il est trop gros et que les parents voulaient des enfants maigres
Les Robins des bois – M Merdocu

Il n’y a plus d’original, mais une Ă©ternelle scintillation oĂą se disperse, dans l’Ă©clat du dĂ©tour et du retour, l’absence d’origine
Blanchot

L’Ă©ternel retour, pris dans son sens strict, signifie que chaque chose n’existe qu’en revenant, copie d’une infinitĂ© de copies qui ne laissent pas subsister d’original ni mĂŞme d’origine
Deleuze: Différence et répétition p. 92

Dans un bouge de quartier de Londres, dans un lieu hĂ©tĂ©roclite des plus sales, au sous-sol, Dirty Ă©tait ivre. Elle l’Ă©tait au dernier degrĂ©, j’Ă©tais près d’elle (ma main avait encore un pansement, suite d’une blessure de verre cassĂ©). Ce jour-lĂ , Dirty avait une robe du soir somptueuse (mais j’Ă©tais mal rasĂ©, les cheveux en dĂ©sordre).
Bataille – Le bleu du ciel p. 17

There should have been a time for such a word.-
To-morrow, and to-morrow, and to-morrow,
Creeps in this petty pace from day to day,
To the last syllable of recorded time;
And all our yesterdays have lighted fools
The way to dusty death. Out, out, brief candle!
Life’s but a walking shadow; a poor player,
That struts and frets his hour upon the stage,
And then is heard no more: it is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury,
Signifying nothing.
Shakespeare – Macbeth (V, V)

Come, my friends,
‘Tis not too late to seek a newer world.
Push off, and sitting well in order smite
The sounding furrows; for my purpose holds
To sail beyond the sunset, and the baths
Of all the western stars, until I die.
It may be that the gulfs will wash us down:
It may be we shall touch the Happy Isles,
And see the great Achilles, whom we knew.
Tho’ much is taken, much abides; and tho’
We are not now that strength which in old days
Moved earth and heaven, that which we are, we are;
One equal temper of heroic hearts,
Made weak by time and fate, but strong in will
To strive, to seek, to find, and not to yield.
Alfred, Lord Tennyson – Ulysses

Une vie peut fort bien ĂŞtre Ă  la fois vide et brève. Les journĂ©es s’Ă©coulent pauvrement, sans laisser de trace ni de souvenir; et puis, d’un seul coup, elles s’arrĂŞtent.
Houellebecq – Extension du domaine de la lutte p. 48

Verbis meis addere nihil audebant et super illos stillabat eloquium meum
Job (29, 22)